L’orthophonie ou des recherches en neurosciences cognitives

L’orthophonie ou des recherches en neurosciences cognitives Par Nacira Zellal Dans cet article, je rapporte mon introduction du Symposium international, le LMD d’orthophonie et ses entités de recherches en neurosciences cognitives : Algérie-Etranger (26 mai 2013, Cerist). Les actes de cette 27e rencontre en orthophonie, sont réunis dans le n° 10 de la revue Sciences de l’Homme (versée en ligne). I – De quelques données d’ordre épistémologique L’orthophonie puise son nom-même de sa pluridisciplinarité puisqu’elle résulte du croisement des trois sciences de l’Homme : linguistique, psychologie et médecine. C’est ce singulier/pluriel, qui fait justement son autonomie. C’est une chaire autonome dans le monde entier et elle n’est pas une spécialité de la psychologie, puisqu’elle a ses propres spécialités, justifiant son propre tronc commun LMD. Plus, elle est la forme actuelle de la psychologie. En voici la démonstration. Le psychologue, afin d’accéder à son objet, l’intelligence et la personnalité, observe le comportement. Le comportement le plus spécifiquement humain est le langage. Les « psy » en prônent le caractère primordial, cependant, en pratique, ils n’ont pas pu l’intégrer dans leurs approches. Ce sont alors les linguistes, qui, dans les années 1950-70, ont créé la psycholinguistique (Benveniste, Jakobson, D. Cohen, Chomsky, Fodor,…). Thèses de langage, d’acquisition, de didactique, de traduction, d’apprentissages furent alors développées, sans exclure le domaine des pathologies du langage. « Ainsi, de quoi le signifiant compromis est-il donc le symptôme ? », a été le questionnement de linguistes comme Jakobson, D. Cohen, Luria, Goodglass. Ils firent alors incursion dans la psychologie cognitive, partant de la découverte, au 11e siècle, du temps de l’islam scientifique et même avant, selon laquelle, le cerveau est le siège de la pensée, ce qui veut dire que la pensée détermine les comportements, quels qu’ils soient : vocal, bègue, aphasique, dysphasique, dépressif, suicidaire, addictif, violent,… Le concept de neurosciences cognitives, qui fait l’actualité en sciences de l’Homme, est lui-même né de l’idée que tous les comportements sont le résultat de nos perceptions, elles-mêmes commandées par le cerveau. D’où le retour à la découverte du 11e siècle : en fait, la vie n’est qu’un cycle qui se répète. Ainsi, les psycholinguistes s’intéressent à la cause du symptôme (étiologie en médecine) et ils postulent que le facteur du trouble en orthophonie est d’ordre cognitif. Ils sont alors doublement confortés : 1) – par l’orthophoniste, qui améliore les capacités langagières du patient lorsqu’il en travaille les fonctions cognitives et exécutives ; 2) – par le psychologue lui-même. En effet, si les TCC, ou modification des perceptions pour modifier le comportement social déviant, sont aujourd’hui privilégiées dans les rapports de l’Inserm, c’est justement parce qu’elles s’attaquent à sa cause. L’orthophonie, dont la base du soin est fondamentalement neuropsychologique-cognitivo-comportementaliste, n’est donc, en effet, que la forme moderne, actuelle, voire future, de la psychologie. Elle puise son autonomie relativement à elle, de l’injection, dans l’approche du comportement, des critères linguistiques et phonétiques, qui forment trois spécialités orthophoniques, que la psychologie n’a pas : les troubles de la résonnance, l’audiophonologie-surdité et la phoniatrie-pathologie vocale. Donc, l’orthophonie comprend la psychologie, mais la psychologie ne la comprend pas. Ainsi, l’une des problématiques que devait résoudre la psycholinguistique, fut investie du nom orthophonie, concept créé en France, par Borel Maisonny, dans les années 1950. Très piagétienne, puisque sa fameuse batterie de tests suit les étapes du développement cognitif de l’enfant, elle a massivement contribué à créer cette vaste science. Elle a dégagé les stades de production du langage et de sa compréhension de 0 à 15 ans, normes de rééducation des troubles fonctionnels chez l’enfant et l’adolescent, créant une autre spécialité orthophonique, outre trois autres : la neuropsycholinguistique, les troubles de la communication dans le handicap mental et les troubles scolaires. Depuis ces 15 dernières années, cette spécialité orthophonique ou pathologies infantiles fonctionnelles, est intégrée dans la neuropsychologie. Dernière remarque : en sciences humaines, comme dans la maladie en médecine : on classe les traits diagnostiques du trouble à partir de sa description sémiologique ; on les explique (théorie) ; on les soigne partant de cette thèse explicative ; on les prévient par les tests et les approches épidémiologiques. II – Qu’en est-il de la situation en Algérie et pourquoi ce symposium ? Des deux choses l’une : ou l’on est dans le symptôme ou l’on est dans sa cause. Depuis l’Indépendance, la psychologie est cantonnée dans l’approche du symptôme social. Voir les thèmes des CNEPRU, des PG, des thèses, des colloques. Or, drogue, suicide, violence, traumas, brûleurs de frontières,… qui sont autant de troubles spécifiques à l’Algérie, sont, fondamentalement, le résultat de l’échec scolaire. Or encore, aucun psychologue algérien n’a posé de façon scientifique, le problème de la pédagogie scolaire algérienne. Pire, certains d’entre eux prennent pour de la dyslexie, ce qui est le résultat d’une pédagogie de l’échec cognitif. Sans compter la récidive dans l’approche symptomatique, ces études sémiologiques n’ont pas abouti à la publication d’une classification des troubles psychologiques, tels qu’ils se présentent en Algérie. En effet, sans outils cliniques adaptés à la culture algérienne, ceci est plutôt difficile. C’est pourquoi la notion de prévention n’est, elle aussi, qu’un vœu pieux, puisque depuis les années 1970, nous demeurons les seuls à avoir posé le problème de l’usage des tests psychologiques conçus pour l’étranger, publication faite de tests algériens-internationaux. Pire, ce que le Pr Tribèche va davantage argumenter dans son exposé, la neuropsychologie, les offres LMD en TCC et en orthophonie, spécialité neurosciences cognitives, sont férocement combattues. On nous interdit même, de façon musclée, d’assurer nos propres cours (mis en ligne). A ce jour, nous n’avons pas de nouvelles de l’offre professionnelle ni de l’offre doctorale LMD-orthophonie : neurosciences cognitives et e-Therapy (programmes en ligne), déposées selon les normes, en 2010, 2011 et 2012. Ceci prive cruellement 60 titulaires du master orthophonie, spécialité neurosciences cognitives, de poursuivre dans le « D » de leur « LM ». A l’inverse, ceux qui ont eu un master sans spécialité, auto-agréé par et pour des psychosociologues, eux, ont passé un concours dit de « doctorat en orthophonie » (la licence-bis)… Ainsi, pour l’orthophonie, a été préféré le « doctorat LMD » du MC habilité en psychologie depuis quelques années, à celui du professeur d’orthophonie depuis 24 ans… C’est pourquoi, en tant qu’équipes pluridisciplinaires, nous avons créé, malgré les blocages, l’Unité de recherches neurosciences cognitives-orthophonie-phoniatrie. Elle unit nos compétences pluridisciplinaires et se cristallisera par la reconnaissance juridique du département d’orthophonie, discipline qui se situe aux antipodes de la psychologie sociale, développée dans notre département ; un département où sont entassées sans logique de coordination entre elles, trois chaires : psychologie, sciences de l’éducation et orthophonie… Or, ce sont les chefs de département d’orthophonie des premiers pays dans cette discipline, qui ont répondu à notre appel à contribution à ce symposium, sans exclure la jeune expérience de l’université libanaise, laquelle est déjà dotée de son département d’orthophonie. Tout ceci veut dire que la psychologie doit s’actualiser, en d’autres termes, elle doit avancer vers les recherches sur la cause du symptôme. Le psychologue est un homme de terrain ; il prend en charge les problèmes de l’homme. Il est appelé à laisser l’orthophonie se développer en toute autonomie, comme partout dans le monde. La maintenir prisonnière de son tronc commun de psychologie des généralités et la commander au sein de ses comités de décision, excluant, sans la comprendre, le spécialiste, au prix de graves fraudes, de contrefaçons pédagogiques, de détournements de nos projets au nom d’incompétents, provocant des dérives graves, empêche dangereusement le L3 de se décliner en différentes spécialités orthophoniques, ce qui en compromet la définition même et le métier (en ligne : l’historique circonstancié de la fondation de la chaire et de son métier, de 1975-79 à ce jour). Par ce symposium, nous en appelons donc à la conscience des autorités, car il s’agit d’un secteur de santé publique, d’ordre fondamentalement culturel, linguistique et phonétique, qu’on ne peut donc pas importer, malgré nos richesses ; c’est aussi une question d’avancée compromise et surtout d’éthique professionnelle. Autre facteur d’organisation de cette rencontre : au sein des pays inventeurs de cette discipline, d’importantes réformes de son enseignement ont actuellement lieu, liées au LMD. Je ferai état de l’enseignement d’orthophonie en France, puisque je l’ai poursuivi, signalant que la graduation française, créée en 1966, est précédée d’une année de Prépa et d’un concours national d’entrée. Elle n’a accédé au statut de master qu’en 2012, en vue du doctorat. Partout, la formation graduée est de 4 ans. En Suisse, seule l’université de Neuchâtel possède, depuis 2003, la post-graduation et le doctorat d’orthophonie. L’Europe sera aussi représentée par Michel Seron et Claire Campolini, qui feront état des deux systèmes d’enseignement belges. Ceux du Canada et des USA feront l’objet de l’exposé de Michèle Minor-Corriveau, Roxanne Bélanger, Chantal Mayer-Crittenden et Manon Robillard. La licence libanaise sera exposée par le Pr Nina Saadallah-Zeidan, le Dr. Sabah Semrani-Charouk et Marie Ange Azoury, le tout, en vue d’une coopération algéro-libanaise pour la création, au Liban, du master 2 « Orthophonie spécialité neurosciences cognitives », puis du doctorat « orthophonie : neurosciences cognitives et e-Therapy ». * Unité de recherches neurosciences cognitives – Orthophonie – Phoniatrie, U. Alger 2 www.laboslancom-univ-alger2.dz

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